La Peur du loup chorégraphie de Nathalie Pernette

La Peur du loup

La peur du loup

Pièce chorégraphique pour une danseuse, la Bête et un environnement d’images

Un nouveau solo

Entre 2002 et 2004, je me suis attachée à créer un premier solo en trois volets, Je ne sais pas, Un jour, Peut-être, une sorte d’introspection sur le fil du vrai et du faux, cherchant à traverser trait dominant de caractère, question de la féminité et rêves inassouvis…

Six ans après, l’envie de repartir pour une nouvelle aventure intérieure s’impose à nouveau. Désir de découvrir seule, avec mon propre corps, d’autres territoires gestuels, de nouvelles pistes de travail, des matériaux inconnus… À transmettre ultérieurement.

Ce besoin de renouveau coïncide avec l’achèvement d’un cycle presque essentiellement tourné vers le rapport aux objets, aux vêtements, corps, matières et meubles souvent manipulés, dans un quotidien détourné, souvent affolé et dilaté.

Après la visite fouillée de ce « monde extérieur », pétri de relations humaines revisitées et de pointes d’humour, je souhaite prendre une direction plus intime. Questionner un « monde intérieur » plus obscur, un terrain tout à la fois flottant et agité, qui laissera certainement la place à des images oniriques et cauchemardesques…

Il s’agira, tout simplement, de fouiller les parts plus sombres de ma personne en espérant qu’elles résonneront en d’autres têtes, en d’autres corps.

Une part sombre

J’avoue depuis l’enfance une grande fascination pour l’affaire de la « Bête du Gévaudan »… J’eus un certain plaisir à lire les récits des victimes et des témoins, à fouiller les listes de décès, agrémentés de nombreux détails macabres. J’ai rêvé devant des gravures, censées représenter la bête en pleine action, sanguinaire, plantée au milieu de restes humains disséminés sur toute une clairière.

Elle rejoignait dans ma mythologie personnelle, la peinture du Carpaccio représentant un dragon terrassé par Saint Georges, dans une tanière couverte de dépouilles. J’ai aimé également me faire peur en forêt, sans aucune raison en France si ce n’est de se perdre, avec plus de motivations en Roumanie, ou des bruits inquiétants vous obligent parfois à courir le plus vite possible jusqu’à la route.

J’ai enfin regardé avec frayeur et délice un grand nombre de films mettant en scène lycanthropes, loups vengeurs, vampires et associés, tous excellents dans l’art de la métamorphose, au cœur de la nuit, sous la pleine lune bien sûr.

Si ces petits plaisirs fantastiques ou morbides ne font pas l’unanimité, les souvenirs et les sensations liées au loup sont bien plus répandus. Et derrière ce que j’identifie globalement comme « la peur du loup », se glissent pèle mêle celles de la nuit suspecte, de la transformation, de la poursuite, de l’attaque, de la disparition…

Mais aussi la peur de sa propre sauvagerie, à la guerre comme en amour. Un ensemble de craintes et de fascinations mêlées que je souhaite remettre en scène.

NOTE D’INTENTIONS

Le loup est l’Animal qui inquiète et fascine à la fois. Une communauté parfois inconsciente de croyances et de références, construite en partie par les contes de l’enfance, la religion catholique et d’effrayants faits-divers. Pour cette création, l’envie est de convoquer un certain nombre de nos peurs liées au loup : crainte du surgissement de la bête, hantise d’être encerclé, dévoré, transformé, possédé.

Une angoisse et une présence que je tenterai de rendre palpable par un jeu de tensions entre la danse et un ensemble d’images en noir et blanc, à dominante graphique, projetées au sol et en fond de scène. Des images rythmées parfois, presque musicales ou proches d’une pulsation corporelle ; des évocations de paysages en mouvements aussi, rendus presque abstraits par le jeu des contrastes ; des présences inquiétantes enfin, ombres évocatrices ou fluides répandus.

La danse jouera avec cet espace nu peuplé d’images. Jeux cinétiques et jeux de sens. Resserrement progressif de l’espace vital jusqu’à la disparition du corps, furtivité du mouvement, travail de « l’à peine vu » dans un paysage graphique proche du sous-bois. « Bains » propices aux évocations et aux associations également, tels qu’un lac d’eaux noires, ou des giclées et coulures de fluides sombres sur une paroi verticale.

La danse cherchera aussi à mettre en évidence l’état de fuite, à trouver un accès à la violence comme à des transformations successives. Sans renier mon goût pour la forme et une certaine précision gestuelle, j’explorerai plus particulièrement la variété des énergies et le rapport du mouvement à l’espace. Espaces créés par la lumière ou espaces rêvés par l’image, dans la volonté de trouver en chacun d’eux un partenaire de scène.

Course, présence immobile, hurlement, douceur… Cet univers fantastique et fantasmagorique sera ponctué, rarement et brièvement, par l’arrivée et la présence du loup ; du vrai… Celui que l’on craint, mais souhaite, voir sortir de la forêt…

Nathalie Pernette

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